12 heures en Ariège avec Paul, éleveur de brebis

Nous sommes le 24 octobre 2014, en plein agnelage. Depuis un mois et demi il n’a pas plu et les prairies sèchent dangereusement. Paul de Latour éleveur biologique de brebis de race tarasconnaise dans les coteaux d’Ariège nous emmène sur ses pâtures. Depuis quelques jours, elles se transforment en nurserie.

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8h30 : visite de courtoisie. De juin à septembre les brebis gestantes partent en transhumance au dessus d’Ax-les-Thermes mais fin septembre, elles redescendent de la montagne. Arrivé dans la vallée, le troupeau est séparé en deux lots. D’un côté les bêtes prêtes à agneler à l’automne, de l’autre les brebis qui ne feront leurs petits qu’au printemps. Ce sont ces dernières que nous allons voir en premier.

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Le mode d’élevage que nous mettons en place sur l’exploitation est celui du pâturage rotatif. Un pâturage nomade en quelque sorte, une technique alternative bénéfique d’un point de vue agro-environnemental. Le principe consiste à mener chaque jour les brebis dans un nouveau parc. Bien qu’exigeant une vraie rigueur dans l’organisation des rotations, cette technique a de nombreux avantages. Elle permet aux bêtes d’avoir accès à une herbe non pâturée particulièrement tendre et propre. Et puis, les prairies ont le temps de se refaire une santé avant un nouveau passage du troupeau.

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9h : le transfert d’un parc à l’autre se fait simplement en levant les fils de la clôture électrique. Vous voyez le contraste entre l’herbe broutée hier et celle de ce matin ?

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Apres avoir changé l’abreuvoir de place pour que les bêtes puissent y boire nous allons sur la zone d’agnelage. Aujourd’hui ce ne sont pas des brebis que je transfère d’un lot à l’autre mais Odile, responsable de multiples ruches et Cyril son mari que je balade dans la remorque tractée par le quad. Ca bouge un peu mais ils semblent heureux !

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10h : bienvenue dans la zone d’agnelage, la maternité quoi ! C’est une parcelle quadrillée par les clôtures électriques pour former de nombreuses petites « cellules » garde-manger (on appelle ça le  pacage). Cette année il est prévu qu’environ 300 brebis fassent leur agneau à l’automne. A chaque fois que je lève les fils, seules les brebis qui n’ont pas encore agnelé avancent. Celles qui ont eu leur petit dans la nuit restent dans le parc, trop préoccupées par leur nouveau venu. Un tri s’opère naturellement.

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Pour moi c’est un avantage, je peux les surveiller plus facilement. Et puis, elles restent au calme.

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Ipso mon chien de troupeau veille à ce que les transferts se déroulent sans encombre.

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11h : le progrès technologique vient frapper à la porte ou vibrer dans la poche. Visioconférence avec d’autres responsables de ruche. Odile présente son nouveau copain aux correspondants locaux répartis dans toute la France.

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13h : après déjeuner, je repars sur la zone d’agnelage. En ce moment c’est le gros du travail. Ces derniers jours, il est né entre 20 et 30 agneaux par nuit. Heureusement, les brebis tarasconnaises sont peu prolifiques, elles ne font en général qu’un seul agneau. Une fois né, l’agneau est léché consciencieusement par sa mère. Ce moment est très important. Par la suite la brebis pourra retrouver son agneau au milieu de dizaines d’autres guidée par le bout de son nez.

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14h30 : je boucle et enregistre chaque agneau. Le fonctionnement du lecteur de boucle électronique ? Tous les agneaux sont ainsi enregistrés à la naissance. Equipées d’une puce RFID (ça vient de l’anglais radio frequency identification), les boucles peuvent ainsi être lues et enregistrées par informatique. Le logiciel de traitement des données me permet d’avoir une gestion plus précise du troupeau. Je connais les ascendances, la prolificité de tel ou tel animal (si une mère fait beaucoup de petits ou préfère les enfant uniques). Tout ça m’aide à travailler sur la sélection génétique. Et puis enregistrer les traitements et les sorties des agneaux du troupeau facilite le travail auprès de l’administration et fait gagner un temps fou lors des contrôles.

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15h : rembobinage. Une bonne partie de mon après-midi va être consacrée à rembobiner les clôtures des parcs précédents et à les reposer dans la foulée pour de créer de nouvelles cellules pour les jours suivants. Je suis assez fier de mon quad équipé d’un système importé de Nouvelle-Zélande. Grâce à un petit moteur, les trois fils sont rembobinés automatiquement. Une fourche vient arracher les piquets au fur et à mesure de mon passage. Ces derniers sont ensuite stockés sur le porte-piquet prévu à cet effet. Efficace, non ?

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17h30 : tous ensemble, tous ensemble. Je regroupe en lot de 50 les bêtes et leurs agneaux. Je les sors de la zone d’agnelage pour les inviter à la lisière du bois. Là, les bêtes seront à l’abri si le temps se met à tourner. Elles resteront ici jusqu’au sevrage des agneaux qui auront alors entre 2 et 3 mois.

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19h : voilà, ma journée se termine. Une livraison à la ruche de Verniolle, une bonne nuit de repos et je serai prêt, dès demain, à accueillir les nouvelles arrivées. Quant à mes bêtes, elles vous saluent, à cornes et à cri !

 

11 commentaires

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  1. bonjour
    c’est vrai que c’est un superbe article,
    moi j’ai la chance d’y être allé et c’est vrai
    que cela dépayse, j’ai fais aussi la rencontre d’une
    jeune fille qui valorise la laine des moutons de Paul
    et grâce à toute cette alchimie j’ai la chance de dormir
    dans une couette douillette et locale confectionnée avec cette laine.
    Merci Paul!
    Malika

  2. Je ne résiste pas à l’envie de dire que c’est une bien jolie vocation que celle de s’occuper d’un territoire où la nature et l’animal sont « rois ». On peut aisément concevoir l’élevage (dans ces conditions) de bêtes vouées à être mangées, dans un respect, un dévouement total, mêlant une technologie et un savoir-faire « moderne » . Ce fut un bonheur de te rencontrer. Au plaisir.

  3. Un très joli reportage (sublime photo d’Odile) et je comprends mieux ce que je vais déguster ce week-end (Merci Paul). Quel beau travail, cela permet de mieux comprendre l’étendue de vos efforts, mais dans des paysages sublimes.
    Je rebondis sur le commentaire d’aurélie, il s’agit d’un excellent article qui donne envie de voir de plus près… je t’envie Odile !!
    A très bientôt à la ruche Feuga

  4. Magnifique troupeau de tarasconnaise je n’en ai pas autant^^ ! cela fait plaisir de voir quelqu’un qui a l’amour des bêtes et de son travail qui n’est pas toujours évident. Génial le quad qui a l’air efficace et fait gagner du temps.Super article qui c’est vrai donne envie de voir de plus pret

  5. Merci pour cette belle visite virtuelle qui donne envie d’en faire une réelle.
    A propos des loups, l’émission sur France Culture le 5 juillet dernier apportait un éclairage intéressant sur le problème. Il était notamment question d’éduquer les loups à ne pas attaquer les troupeaux.
    Podcast de l’émissions : http://rf.proxycast.org/911351727154798592/10867-05.07.2014-ITEMA_20650041-0.mp3
    Site de l’émission : http://www.franceculture.fr/podcast/4897710

  6. vraiment bravo et merci pour ce moment de bonheur, d’air et de joie lorsque l’on voit vos amis. Lorsque l’on est à Paris cela fait rêver même si une journée est très chargée mais ce monde animal est réjouissant on voit que vos bêtes sont heureuses. Encore merci et bravo pour ce moment. Marie Martin

  7. Magnifique comme visite via cet article ! merci et bravo à Paul ; effectivement le quad a l’air très efficace ! une question que l’on peut se poser : pas de loup dans les environs, ni d’ours ?

    1. Bonjour Laurence,
      Non, nous avons encore « la chance » de ne pas être dans une zone colonisée par le loup. Mais nous nous préparons à son irrésistible arrivée. Quant aux ours, ils sont présent sur les zones d’estive.
      Bien à vous,
      Paul

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